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OnlyFans et la messagerie privée : quand la solitude devient un modèle économique

FR 10 octobre 2026 — DIGITALABS

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OnlyFans, miroir d'une solitude devenue marché

OnlyFans revendique aujourd'hui plus de 378 millions de comptes dans le monde, davantage que la population américaine tout entière. Les dépenses sur la plateforme ont atteint 7,2 milliards de dollars en 2025. Ces chiffres ne décrivent pas seulement une entreprise qui prospère. Ils décrivent une solitude suffisamment répandue, et suffisamment profitable, pour devenir un marché à elle seule.


Rivés à nos écrans, nous ne passons plus de temps avec nos amis

Les chiffres sur le temps passé devant les écrans sont connus : une génération entière passe environ 70 % de temps en moins avec ses amis qu'il y a trente ans, et environ 70 % de temps en plus sur son téléphone. Nous ne passons plus de temps avec nos amis, nous le passons sur nos téléphones, rivés à des écrans qui promettent une présence qu'ils ne tiennent jamais vraiment.

Dans ce manque, on aspire inconsciemment à un certain niveau de connexion et de compagnie que le monde réel, de moins en moins fréquenté, ne fournit plus. OnlyFans n'a pas créé ce manque. Elle l'a repéré, puis équipé d'un prix.


Le vide affectif comme matière première

La différence avec la pornographie classique tient à une fonction précise : la messagerie privée. Moyennant paiement, un utilisateur peut écrire directement à une créatrice, échanger, recevoir une réponse. Ce n'est plus la représentation visuelle du sexe qui est achetée, c'est la conversation.

Il existe pourtant une quantité considérable de contenu pornographique gratuit sur Internet. Si des centaines de milliers de jeunes hommes choisissent malgré tout de payer de jeunes femmes pour cette messagerie, c'est que le produit réel n'est pas sexuel. C'est le vide affectif, transformé en abonnement mensuel, une véritable monétisation de la misère affective des jeunes, qu'ils soient du côté de qui paie ou du côté de qui répond.


Le contenu des créatrices peut être copié et diffusé

Cette conversation privée n'a cependant de privé que le nom. Rien n'empêche techniquement un abonné d'enregistrer l'écran, de photographier l'appareil ou de sauvegarder un message, puis de le diffuser hors de la plateforme. Les conditions d'utilisation d'OnlyFans interdisent cette appropriation du contenu, mais ne peuvent pas la rendre impossible. Le phénomène est si installé que des sites pornographiques affichent aujourd'hui des rubriques entières intitulées « OnlyFans Leaks » : des contenus qu'une créatrice avait partagés avec un seul abonné, exposés sans son consentement à un public bien plus large.


Une économie qui ne joue pas en notre faveur

La répartition des revenus raconte une autre histoire. Le premier centile des créatrices et créateurs capte 76 % du chiffre d'affaires total de la plateforme. Pour l'immense majorité des autres, le modèle ne tient pas ses promesses.

Au sommet, Leonid Radvinsky, propriétaire d'OnlyFans, s'est versé 700 millions de dollars de dividendes l'an dernier. La solitude des utilisateurs et le travail des créatrices alimentent d'abord une seule fortune. C'est une économie qui ne joue pas vraiment en notre faveur, quel que soit le côté de l'écran où l'on se trouve.


OFM, le nouvel écosystème devenu une véritable économie

Le volume de messages reçus par les créatrices les plus suivies dépasse ce qu'une personne peut traiter seule, parfois des centaines de milliers de messages par semaine. Une partie de cette correspondance est alors confiée à des agences spécialisées, désignées dans l'industrie par le sigle OFM, pour OnlyFans Management. Ces agences emploient des équipes chargées de répondre à la place des créatrices, souvent en se faisant passer pour elles.

Ce nouvel écosystème est devenu une véritable économie à part entière, avec ses salariés, ses scripts de conversation et son propre modèle d'affaires. L'utilisateur qui croit parler à sa créatrice préférée s'adresse parfois à un employé d'OFM qui répond en son nom. La relation qu'il pensait construire n'a, à cet instant précis, jamais existé telle qu'il l'imaginait.


La dépendance aux écrans, cause et conséquence

OnlyFans n'a inventé ni la solitude ni l'économie de l'attention. Elle en est la conséquence la plus aboutie : celle de notre dépendance aux écrans, de notre dépendance à Internet, et plus largement d'une dépendance à une présence numérique qui simule la compagnie sans jamais l'offrir.

Le sigle OFM, les 76 %, les 700 millions de dividendes : chaque chiffre pointe vers la même mécanique anthropologique, celle d'un besoin de lien transformé en flux de paiement récurrent.

Payer pour être écouté n'a rien d'un luxe. C'est l'aveu d'un manque. Pour les jeunes nés avec Internet, la première étape consiste à s'en rendre compte, la suivante à redonner cette énergie au monde réel.